Recherche par date
octobre 2026
D L M M J V S
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Archives
…au nom de l’«aide médicale à mourir»?

Sous le projet de loi du gouvernement québécois visant l’«aide médicale à mourir» se déguise l’euthanasie, style Belge, avertissent les critiques. Entre autres, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AÉCQ) a qualifié la proposition de «dangeureuse» et soutient que la nouvelle législation, qui pourrait être entérinée par le Parlement en juin, entretient une confusion entre les soins médicaux et l’euthanasie. 

Docteur Catherine Ferrier, porte-parole du CMRME

Docteur Catherine Ferrier, porte-parole du CMRME

«Le rapport du comité présidé par Me Jean-Pierre Ménard, suivant en cela la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, s’engage dans une voie dangereuse, soutient l’AÉCQ. En reprenant l’expression «aide médicale à mourir» que la Commission avait choisie pour désigner à la fois le suicide assisté et l’euthanasie, poursuit l’Assemblée épiscopale, il la définit comme «un soin» et la considère comme «un droit».

D’autre part, argue l’AÉCQ, vu que l’euthanasie et le suicide assisté sont prohibés par le Code criminel canadien, le rapport exige implicitement le Procureur général du Québec à renoncer aux poursuites judiciaires contre les intervenants de l’«aide médicale à mourir» agissant conformément aux dispositions de l’éventuelle loi québécoise.

«Il y a tout lieu de s’inquiéter lorsqu’une manière de provoquer intentionnellement la mort est considérée comme un soin et lorsqu’elle est revendiquée comme un droit». Le évêques nuance toutefois ces propos en réitérant l’enseignement de l’Église maintes fois publié à l’effet qu’«il est légitime de refuser des traitements qui ne font que prolonger la souffrance, de refuser l’acharnement thérapeutique qui ne fait que prolonger le processus de mort, de consentir à la sédation palliative administrée dans le but de soulager la douleur et non de provoquer la mort: comme les auteurs du rapport, nous affirmons que cela relève des droits et de l’autonomie de la personne. Mais nous affirmons aussi qu’il y a des limites à cette autonomie si on l’invoque pour donner ou se donner la mort.»

 En conclusion de son communiqué, l’AÉCQ suggère que le gouvernement devrait mettre sa priorité à «étendre les soins palliatifs à l’ensemble du réseau des soins de santé. Une fin de vie dans la dignité passe par des soins palliatifs accessibles à tous, et non par l’euthanasie.»

Les médecins du refus

Le Collectif des Médecins du Refus Médical de l’Euchanasie (CMRME)*, quant à lui, «exhorte tous les Québécois à prendre conscience des dangers» que représente le rapport Ménard pour notre bien-être collectif et demande à l’opposition (majoritaire à l’Assemblée nationale) de le condamner.

«Ce rapport a été rédigé par des avocats soigneusement sélectionnés, qui présentent l’acte des médecins qui tuent leurs patients comme s’ils faisaient partie intégrante des soins appropriés en fin de vie», soutient la docteure Catherine Ferrier, porte-parole du CMRME. Elle critique aussi l’expression «aide médicale à mourir» utilisée par les avocats et les politiciens «comme s’il s’agissait d’autre chose que d’un homicide délibéré. Cet acte nous répugne, à nous les médecins, et devrait consterner les Québécois qui sont en faveur de la justice sociale et de communautés prenant soin des personnes les plus vulnérables.»

En réalité, explique la Dre Catherine Ferrier, une législation sur les pratiques de fin de vie n’est pas nécessaire. «Les connaissances et moyens techniques permettant d’assurer la dignité et le confort de tous les patients, jusqu’au terme de leur vie, existent déjà. Les médecins fournissent une aide médicale aux mourants jour après jour, depuis longtemps. Nous ne voulons pas d’un pouvoir légal de tuer nos patients, et nous n’en avons pas besoin.»

«Il est naïf de penser que la lourde procédure bureaucratique proposée par le rapport Ménard pour encadrer l’euthanasie légale serait respectée, alors qu’on nous dit que les lois en vigueur actuellement ne le sont pas, ajoute la porte-parole de CMRME. Il est naïf de croire qu’elle suffira à protéger les patients vulnérables d’une coercition (plus ou moins subtile) visant à leur faire choisir la mort. Le simple fait que la mort soit une option reconnue par la loi envoie aux patients âgés ou en fin de vie le message que la vie qu’il leur reste à vivre est un fardeau inutile pour leurs proches et le système de santé. Dans ce contexte, on ne peut ignorer la pénurie aiguë de lits dans nos hôpitaux, qui peut être observée chaque jour.»

Le Collectif de Médecins du Refus Médical de l’Euthanasie considère que toute loi permettant aux médecins de mettre fin à la vie de leurs patients intentionnellement est contraire aux buts de la médecine et à l’intérêt des patients. Si une telle loi était adoptée au Québec, elle mettrait en péril la vie des patients, surtout les personnes faibles et démunies qui ne peuvent pas élever la voix pour se défendre.

Note:
*Le CMRME a été créé à l’automne 2012 par un groupe initial de 24 médecins québécois, incluant les docteurs Patrick Vinay, ancien doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Abraham Fuks, ancien doyen de la Faculté de médecine de l’Université McGill, Pierre Durand, ancien doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval, Gerald Batist, Mark Basik et Caroline Girouard (tous trois oncologues de Montréal), Balfour Mount (pionnier des soins palliatifs), et beaucoup d’autres spécialistes des soins palliatifs, de la pédiatrie, de la médecine interne et de la médecine familiale. Depuis sa création, plus de 300 médecins et plus de 1000 citoyens ont signé le manifeste du CMRME, dans lequel il s’oppose aux tentatives gouvernementales d’imposer l’euthanasie et le suicide assisté à la population en dépit des objections clairement exprimées d’une majorité de Québécois.

3 réponses à Québec imposerait-il l’euthanasie à la Belge…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *