Marta Petrosillo, AED Italie/Adaptation Robert Lalonde, AED Canada
« Nous n’avons jamais rien vu de tel. Une grande ville comme Mossoul en proie au chaos et aux attaques par des groupes ! ». C’est par ces mots que s’est exclamé Mgr Amel Shimon Nona, archevêque chaldéen de Mossoul, contacté mercredi le 11 juin par l’Aide à l’Église en Détresse (AED), témoignant du sort de Mossoul, deuxième ville de l’Irak, assiégée depuis près de deux jours.
Fuite des chrétiens vers la plaine de Ninive
Les affrontements qui étaient d’abord limités à certaines zones de la partie ouest de la ville, ont débuté le jeudi 5 juin,. « L’armée a commencé à bombarder les zones ciblées, mais plus tard dans la nuit, entre lundi et hier, les forces armées et la police ont tout à coup abandonné Mossoul, la laissant à la merci des assaillants. »
Plus de la moitié des habitants et l’ensemble de la communauté chrétienne se sont immédiatement enfuis vers la plaine voisine de Ninive. « Jusqu’à 5 heures hier matin, nous avons accueilli les familles en fuite et nous avons essayé de leur trouver un hébergement dans les écoles, dans les salles de classe de catéchisme, dans des maisons abandonnées », explique Mgr Nona. L’archevêque se trouve maintenant à Tall Kayf, un village situé à environ trois kilomètres de Mossoul.
L’attaque serait opérée par l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL), l’organisation terroriste liée à Al-Qaïda connue pour ses violentes attaques anti-chrétiennes commises en Syrie. Mgr Nona estime, cependant, que d’autres groupes peuvent également être impliqués. « Nous ne savons pas encore de quels groupes il s’agit, mais certains parlent d’EIIL, d’autres pensent qu’il y a diverses appartenances. Nous devons attendre pour mieux comprendre la situation réelle. Ce qui est certain, c’est que les extrémistes sont là et que beaucoup les ont vu patrouillant dans les rues. »
35 000 chrétiens en 2003, plus aucun aujourd’hui
La présence djihadiste reste une source de grande préoccupation pour les chrétiens. De plus, en ce moment, une rumeur circule à l’effet qu’une autre attaque par l’EIIL serait faite envers quatre églises et un monastère. « Nous n’avons pas reçu de menaces – explique Mgr Nona – parce que désormais, tous les fidèles ont fui la ville. Qui sait s’ils ne pourront jamais revenir un jour ». En 2003, la communauté chrétienne de Mossoul comptait environ 35 000 fidèles.
Dans les onze années qui ont suivi le début de la guerre, ce nombre est tragiquement tombé à environ 3 000. « Maintenant, il n’en reste probablement plus aucun », déplore l’archevêque. « Nous continuons de prier pour que notre pays puisse enfin trouver la paix », affirme Mgr Nona qui, dans ces derniers terribles jours a dû exhorter une fois encore ses fidèles à ne pas perdre espoir. « C’est difficile après tant d’années de souffrance, mais nous, chrétiens irakiens, sommes attachés à notre foi, et nous devons garder espoir, même dans la persécution. C’est un énorme défi, surtout après ce qui s’est passé ces derniers jours ».








