L’évêque de Rome l’a souligné à plusieurs reprises à propos de Marie qui se met en voyage pour visiter sa parente Élisabeth : la Vierge se hâte mais ne se presse pas, et c’est ce modèle que doit regarder chaque chrétien. Cela semble une distinction subtile mais elle ne l’est pas en réalité, et on l’a vu lors de cette journée mondiale de la jeunesse, au cours de laquelle le Pape François se hâte mais sans se presser : sans s’épargner ni perdre un instant, mais en conservant tout le temps nécessaire pour être avec ceux qu’il rencontre, dans la foule ou lors d’entretiens personnels.

Visiblement rempli de joie, de bonheur et de chaleur humaine, François a rencontré et embrassé des gens de tous les horizons, ici, ses compatriotes argentins (CNS photo/Luca Zennaro, pool via Reuters).
Tandis que le grand rendez-vous de Rio de Janeiro s’achemine vers sa conclusion, le Pape a montré comment utiliser le temps. Le Pape François, qui ne veut pas perdre un instant et procède avec promptitude, a en effet donné son temps sans aucunement se presser aux jeunes qu’il a confessés ou qu’il a accueillis à déjeuner, mais surtout aux deux jeunes filles et aux six garçons mineurs condamnés, qu’il a rencontrés pour écouter ce qu’ils avaient sur le cœur.
Au début, les huit détenus – dont l’administration pénitentiaire a annoncé que la peine avait été graciée – étaient timides, presque sans voix. Puis, petit à petit, ils se sont détendus, rassurés par l’attente tranquille, le sourire accueillant, les paroles simples et surtout par l’écoute du Pape. Qui s’est fait raconter leurs histoires, expliquer le sens des petits dons offerts, embrasser et étreindre à plusieurs reprises, en signant avec attention ses photographies pour chacun des jeunes.
C’est le signe de la miséricorde que le Pape a voulu communiquer ce jour dédié par l’Église à la mémoire des parents de Marie, « les grands-parents de Jésus » Anne et Joachim, dans le palais archiépiscopal de Rio qui prend son nom de celui du père de la Vierge. Ici à l’Angelus, il a parlé d’une « longue chaîne qui a transmis l’amour pour Dieu », en soulignant l’importance de la famille pour la communication de ce « patrimoine d’humanité et de foi qui est essentiel pour toute société ». Et c’est le thème fondamental de la rencontre entre générations, affronté par l’épiscopat latino-américain dans le document d’Aparecida et rappelé avec force par le Pape François lors de la rencontre avec les Argentins.
Puis à nouveau sur la plage de Copacabana, le Pape a pris part au « chemin de la croix », confiée par Jean-Paul II aux jeunes avant même le début des journées mondiales de la jeunesse, croix qui en trente ans a parcouru tous les continents. L’antique tradition du Quo vadis — «Où vas-tu, Seigneur ? » demande Pierre qui fuit la persécution à Jésus qui se dirige en revanche vers Rome pour l’affronter – a permis au Pape François de répéter que le Christ à tout moment prend sur lui les croix de toutes les victimes de la violence, la drogue, la faim, la persécution. Et que Jésus est avec les nombreux jeunes déçus par les institutions politiques « ou qui ont perdu la foi dans l’Église, et même en Dieu, en raison de l’incohérence de certains chrétiens et ministres de l’Évangile ».
Mais Dieu pardonne notre péché – il est « pure miséricorde » répète souvent l’évêque de Rome en faisant résonner la synthèse augustinienne miseria mea misericordia tua — et surtout il enseigne « à regarder toujours l’autre avec miséricorde et amour », a répété le Pape François. Qui a conclu la méditation sur la Via crucis en interpelant chacun sur la miséricorde justement : dans notre vie sommes-nous comme Pilate ou comme le Cyrénéen, Marie et les autres femmes restées à côté du Seigneur ?








