{"id":10036,"date":"2016-10-09T17:25:59","date_gmt":"2016-10-09T21:25:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ac3m.org\/?p=10036"},"modified":"2018-05-01T11:13:48","modified_gmt":"2018-05-01T15:13:48","slug":"12-la-genese-revisitee-les-eaux-du-ciel-et-de-la-terre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ac3m.org\/?p=10036","title":{"rendered":"12- La Gen\u00e8se revisit\u00e9e \u2013 Les eaux du ciel et de la terre"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\"><strong>L\u2019\u00e9volution biblique, d\u00e9montr\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, n\u2019implique \u00e9videmment pas que la Parole elle-m\u00eame ait chang\u00e9 au cours des si\u00e8cles. L\u2019acquisition graduelle de la connaissance de Dieu dans la Bible est plut\u00f4t le miroir des progr\u00e8s historiques de l\u2019humanit\u00e9, li\u00e9s au d\u00e9veloppement de la culture. Une observation d\u2019une importance capitale pour une juste relecture de la Gen\u00e8se en particulier. Car il s\u2019agit de bien identifier les composantes de la culture<a style=\"color: #800000;\" href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019inspiration de l\u2019Esprit Saint.<\/strong><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_10037\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-10037\" class=\"size-medium wp-image-10037\" src=\"https:\/\/www.ac3m.org\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/MerSoleil3-300x169.jpg\" alt=\"\u00abDieu fit le firmament, qui s\u00e9para les eaux qui sont sous le firmament d\u2019avec les eaux qui sont au-dessus du firmament... Il y eut un soir et il y eut un matin...\u00bb\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/www.ac3m.org\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/MerSoleil3-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.ac3m.org\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/MerSoleil3-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.ac3m.org\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/MerSoleil3-700x394.jpg 700w, https:\/\/www.ac3m.org\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/MerSoleil3.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-10037\" class=\"wp-caption-text\">\u00abDieu fit le firmament, qui s\u00e9para les eaux qui sont sous le firmament d\u2019avec les eaux qui sont au-dessus du firmament&#8230; Il y eut un soir et il y eut un matin&#8230;\u00bb<\/p><\/div>\n<p>Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, cette exigence fait ressortir l\u2019incomp\u00e9tence de l\u2019acception litt\u00e9rale et fondamentaliste de l\u2019\u00c9criture. Une telle lecture implique la non-reconnaissance de la part humaine, ce qui peut aboutir \u00e0 une forme d\u2019idol\u00e2trie. La Bible n\u2019est pas un texte dict\u00e9 au mot \u00e0 mot par Dieu. Elle n\u2019est pas un imp\u00e9n\u00e9trable et irrationnel absolu imposant d\u2019autorit\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion fanatique \u00e0 la lettre.<\/p>\n<p>Saint Paul a stigmatis\u00e9 un tel litt\u00e9ralisme par un aphorisme lapidaire <em>\u00ab\u00a0La lettre tue, l\u2019Esprit vivifie\u00a0\u00bb<\/em> (2 Co 3, 6). Cette d\u00e9viation, inspir\u00e9e par un z\u00e8le exag\u00e9r\u00e9, ne manquait pas de soulever l\u2019ire de J\u00e9sus, citant Isa\u00efe contre les Pharisiens. <em>\u00ab\u00a0Hypocrites\u00a0! (\u2026) vain est le culte qu\u2019ils me rendent\u00a0: les doctrines qu\u2019ils enseignent ne sont que pr\u00e9ceptes humains\u00a0\u00bb<\/em> (Mt 15, 7-9, cf. Is 29, 13). Les <em>\u00ab\u00a0pr\u00e9ceptes \u00bb<\/em> en question \u00e9taient pourtant consign\u00e9s \u00e0 la lettre dans la Torah. En qualifiant ainsi les 613 commandements, attribu\u00e9s par la tradition rabbinique \u00e0 Dieu par l\u2019interm\u00e9diaire de Mo\u00efse, J\u00e9sus les ramenait \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine. <em>\u00ab\u00a0Le sabbat est fait pour l\u2019homme et non l\u2019homme pour le sabbat\u00a0\u00bb<\/em> (Mc 2, 27).<\/p>\n<p>La Bible n\u2019est donc pas que Parole de Dieu. Elle est aussi un marqueur \u00e9vident de la trajectoire de l\u2019humanit\u00e9 dans sa qu\u00eate de <em>\u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9 tout enti\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em> (Jn 16, 13). V\u00e9rit\u00e9 apte \u00e0 englober dans sa perspective, la connaissance du Cr\u00e9ateur et la connaissance de la cr\u00e9ation. V\u00e9rit\u00e9 de synth\u00e8se, donc, entre l\u2019appr\u00e9hension subjective et la confrontation objective au R\u00c9EL<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0!<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\">\u00a0<strong>Appr\u00e9hension subjective<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Voyons d\u2019abord ce qu\u2019implique la connaissance subjective. Fondamentalement, elle fait suite \u00e0 la prise de conscience de l\u2019\u00caTRE\u00a0EN SOI\u00a0! \u00c0 partir d\u2019un JE SUIS hyper lucide, un rapport de d\u00e9pendance de l\u2019\u00caTRE SUPR\u00caME peut s\u2019enclencher. Car le constat de la finitude de l\u2019\u00eatre humain \u2013\u00a0JE SUIS incomplet et mortel\u00a0\u2013 constitue un appel implicite \u00e0 la pl\u00e9nitude et \u00e0 la permanence de la Divinit\u00e9. Les manifestations ext\u00e9rieures de l\u2019art et de la religion d\u00e9coulent de cette exp\u00e9rience existentielle, v\u00e9cue dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>La vraie connaissance de Dieu ne provient donc pas de l\u2019ext\u00e9rieur. Elle n\u2019est pas objective. Elle ne se trouve pas dans les livres et n\u2019est pas transmise par les traditions, l\u2019\u00e9ducation, les religions ou m\u00eame la Bible. Elle est subjective. Elle demeure n\u00e9cessairement une exp\u00e9rience int\u00e9rieure invisible. Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle soit sans importance. Bien au contraire, elle a autant, sinon m\u00eame plus d\u2019impacts sur le d\u00e9veloppement de l\u2019humanit\u00e9 que la connaissance objective. Car la foi religieuse est d\u2019une grande efficacit\u00e9 pour inciter au d\u00e9passement de SOI. Elle a transform\u00e9 les mentalit\u00e9s tout au cours de l\u2019Histoire et elle demeure un puissant facteur d\u2019\u00e9volution dans l\u2019humanit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>La foi, c\u2019est une affaire de c\u0153ur et le c\u0153ur, c\u2019est le moteur de la vie. C\u2019est pourquoi la connaissance de Dieu est v\u00e9cue ou elle n\u2019est pas du tout ! En d\u00e9finitive, elle s\u2019acquiert par une d\u00e9marche personnelle face \u00e0 un Dieu personnel. Une relation d\u2019amour en d\u00e9finitive. On ne peut ignorer ou rejeter Dieu et Le conna\u00eetre. <em>\u00ab\u00a0Celui qui n\u2019aime pas n\u2019a pas connu Dieu, car Dieu est amour\u00a0\u00bb<\/em> (1 Jn 4, 8). L\u2019amour est la substance-m\u00eame de Dieu. L\u2019amour, cons\u00e9quemment, est le contenu de la connaissance de Dieu. Sans la r\u00e9ciprocit\u00e9 de l\u2019amour, il ne peut y avoir de vraie connaissance du TOUT AMOUR.<\/p>\n<p>La Bible est donc Parole de Dieu partout o\u00f9 elle t\u00e9moigne de l\u2019amour\u00a0: celui de Dieu pour l\u2019humanit\u00e9 et celui de l\u2019humanit\u00e9 pour son Cr\u00e9ateur. La Bible dans son enti\u00e8ret\u00e9, prise globalement, Ancien et Nouveau Testament compris, c\u2019est la R\u00c9V\u00c9LATION DE L&rsquo;AMOUR ! Le livre des Psaumes en est particuli\u00e8rement impr\u00e9gn\u00e9. Car le langage appropri\u00e9 de l\u2019amour divin, c\u2019est la pri\u00e8re. Lorsque l\u2019amour est absent, fl\u00e9tri ou bless\u00e9, ce n\u2019est pas Dieu qui parle. C\u2019est parole humaine, et souvent, parole de p\u00e9cheur\u00a0!<\/p>\n<p>La connaissance de Dieu ne s\u2019impose pas \u00e0 autrui. Elle ne force pas la libert\u00e9. Sans libert\u00e9, il ne peut y avoir d\u2019amour. Sans libert\u00e9, on ne peut pas choisir d\u2019aimer Dieu. Or, l\u2019amour ne peut que s\u2019\u00e9prouver et non se prouver. On ne peut rendre compte de la v\u00e9racit\u00e9 de cette connaissance que par le t\u00e9moignage et la pr\u00e9dication. Par ces courroies de transmission, la connaissance de Dieu peut se communiquer. Et encore, la communication n\u2019est effective qu\u2019\u00e0 la condition de toucher la subjectivit\u00e9 des personnes en qu\u00eate d\u2019amour. Car qui refuse d\u2019ouvrir son c\u0153ur \u00e0 l\u2019amour ne peut pas conna\u00eetre Dieu en v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\">\u00a0<strong>Confrontation objective<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Si la connaissance subjective de Dieu suppose la libert\u00e9, la connaissance objective du monde dans lequel nous sommes tous plong\u00e9s, elle, contraint. Ce qui n\u2019en fait pas pour autant le mauvais gar\u00e7on du savoir. Il y a que cette connaissance ignore la chair et le sang. Elle est c\u00e9r\u00e9brale et abstraite, \u00e0 l\u2019antipode des \u00e9lans du c\u0153ur. Car la confrontation objective au r\u00e9el concerne tout ce qui existe, sauf la conscience. L\u2019objectivit\u00e9 r\u00e9clame de tout questionner sans tenir compte de celui qui interroge, de tout conna\u00eetre mais en ignorant celui qui conna\u00eet, de tout observer \u00e0 la condition d\u2019oublier celui qui se tient derri\u00e8re les yeux de l\u2019observateur. Par d\u00e9finition m\u00eame, la connaissance objective ne peut et ne doit pas tenir compte de la subjectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Les connaissances sont dites objectives, positives ou scientifiques lorsqu\u2019elles sont d\u00e9montr\u00e9es et admissibles par tout esprit rationnel, quelles que soient les conditions et circonstances spatiotemporelles dans lesquelles elles sont acquises. Elles trouvent leur l\u00e9gitimit\u00e9 et leur valeur en ce qu\u2019elles expliquent ce qui existe ind\u00e9pendamment de tout sujet connaissant. C\u2019est en exer\u00e7ant sa facult\u00e9 d\u2019abstraction des d\u00e9terminismes sensoriels du corps que la rationalit\u00e9 ausculte l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9. Elle parvient ainsi \u00e0 d\u00e9duire les lois qui d\u00e9terminent et ordonnent les multiples objets dont le MONDE est fait.<\/p>\n<p>Le premier constat de la raison objective, c\u2019est que tout ce qui est per\u00e7u par les sens et les instruments technologiques qui les prolongent est fait d\u2019un m\u00eame tissu de base, une substance qu\u2019elle nomme MATI\u00c8RE. En excluant au d\u00e9part l\u2019appr\u00e9hension subjective de la r\u00e9alit\u00e9 pour pouvoir conna\u00eetre objectivement, la raison est confront\u00e9e au constat que TOUT EST MATI\u00c8RE ou d\u00e9coule de la mat\u00e9rialit\u00e9. Si l\u2019on devait avancer l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il existe dans le MONDE des r\u00e9alit\u00e9s non mat\u00e9rielles, il faudrait dans ce cas admettre que la raison objective ne peut les d\u00e9tecter et les identifier. Car la rationalit\u00e9 n\u2019a pas le pouvoir de percevoir au-del\u00e0 de la mati\u00e8re, ne disposant que de la mat\u00e9rialit\u00e9 des sens et de leurs prolongements pour se confronter au MONDE.<\/p>\n<p>Ceci dit, il faut tout de suite ajouter que la raison objective n\u2019est pas autosuffisante en d\u00e9pit de sa pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019universalit\u00e9. Elle est partielle du fait que l\u2019\u00caTRE \u2013\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ESSENCE des r\u00e9alit\u00e9s\u00a0\u2013 n\u2019ait pas voix au chapitre. Pour conna\u00eetre objectivement, elle doit s\u2019abstraire du substrat mat\u00e9riel de la conscience qu\u2019est le corps. Paradoxalement, elle doit s\u2019exclure de la mat\u00e9rialit\u00e9 pour expliquer la mat\u00e9rialit\u00e9. Sans devoir CROIRE et tenir compte de ce qu\u2019elle EST en elle-m\u00eame, elle doit se comporter comme un esprit pur. Elle doit se d\u00e9sincarner pour conna\u00eetre scientifiquement et avoir acc\u00e8s \u00e0 la somme culturelle de l\u2019humanit\u00e9 transmise d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre par les livres, les traditions, l\u2019\u00e9ducation, les religions, la Bible et autres \u00e9critures de sagesse.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\">\u00a0<strong>La m\u00e9thode<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Les deux connaissances progressent donc en parall\u00e8le d\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre. Ensemble, elles forment la synth\u00e8se culturelle. On peut alors comprendre que le discernement de la Parole de Dieu dans la Bible consiste \u00e0 d\u00e9partager l\u2019une et l\u2019autre. Il s\u2019agit de relativiser les concepts objectifs d\u2019une lointaine \u00e9poque pour leur substituer ceux qui parlent aux contemporains. Cet exercice permettra de d\u00e9gager l\u2019inspiration spirituelle cach\u00e9e sous les oripeaux ponctuels et accidentels du texte afin qu\u2019en ressorte l\u2019authentique Parole divine. Ne faut-il pas briser le noyau pour d\u00e9guster l\u2019amande et tailler la gangue du diamant pour qu\u2019il brille\u00a0?<\/p>\n<p>Dans ma d\u00e9marche de relecture du premier r\u00e9cit de la Gen\u00e8se, j\u2019ai appliqu\u00e9 cette m\u00e9thode sans peut-\u00eatre l\u2019expliciter et la l\u00e9gitimer suffisamment. Je pense en particulier aux digressions \u00e0 saveur scientifique et philosophique que m\u2019a inspir\u00e9es le premier jour de la cr\u00e9ation\u00a0: <em>\u00abQue la lumi\u00e8re soit\u00a0\u00bb<\/em>. Je tiens ici \u00e0 mettre davantage en relief les param\u00e8tres de l\u2019exercice pour permettre au lecteur d\u2019en bien saisir l\u2019application dans la suite. J\u2019\u00e9viterai ainsi d\u2019\u00eatre associ\u00e9 aux iconoclastes qui minent la foi frileuse de certains croyants en d\u00e9sacralisant les symboles religieux.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\">\u00a0<strong>Deuxi\u00e8me jour<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Poursuivons donc notre d\u00e9cryptage des \u201cjours\u201d de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<blockquote><p>\u00a0Dieu dit\u00a0: \u201cQu\u2019il y ait un firmament au milieu des eaux et qu\u2019il s\u00e9pare les eaux d\u2019avec les eaux\u201d et il en fut ainsi. Dieu fit le firmament, qui s\u00e9para les eaux qui sont sous le firmament d\u2019avec les eaux qui sont au-dessus du firmament et Dieu appela le firmament \u201cciel\u201d\u00a0\u00bb (Gn 1, 6-8).<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c9tranges \u00e0 nos oreilles modernes, ces eaux que Dieu divise pour cr\u00e9er le firmament\u00a0! Nous savons bien qu\u2019il n\u2019existe pas de nappe d\u2019eau quelque part dans le cosmos. Interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 la lettre, ce verset ne fait pas de sens pour nous.<\/p>\n<p>On peut comprendre que le r\u00e9dacteur expose sa pens\u00e9e \u00e0 partir d\u2019une culture ing\u00e9nue, fond\u00e9e sur les apparences. Dans son contexte social, les connaissances objectives ne sont pas encore tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es. Pour les s\u00e9mites de l\u2019antiquit\u00e9, le firmament est une coupole solide qui retient les eaux du ciel. La pluie qui tombe de la vo\u00fbte c\u00e9leste s\u2019explique du fait que des \u00e9cluses s\u2019ouvrent de temps \u00e0 autre, selon le bon vouloir du Seigneur, pour arroser la terre, faire germer les semences et cro\u00eetre la v\u00e9g\u00e9tation.<\/p>\n<blockquote><p>\u00a0Mettez-moi \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, dit Yahv\u00e9 Sabaot, pour voir si je n\u2019ouvrirai pas en votre faveur les \u00e9cluses du ciel et ne r\u00e9pandrai pas en votre faveur la b\u00e9n\u00e9diction en surabondance\u00a0\u00bb (Ma 3, 10\u00a0; cf. Is 24, 18)<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lors du d\u00e9luge, toutefois, c\u2019est pour une mal\u00e9diction que les vannes sont demeur\u00e9es ouvertes pendant quarante jours et quarante nuits, provoquant ainsi l\u2019inondation de la plan\u00e8te enti\u00e8re. <em>\u00ab\u00a0Ce jour-l\u00e0 jaillirent toutes les sources du grand ab\u00eeme et les \u00e9cluses du ciel s\u2019ouvrirent\u00a0\u00bb<\/em> (Gn 7, 11-12).<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Toutes les sources du grand ab\u00eeme\u2026 les \u00e9cluses du ciel\u00a0\u00bb<\/em> ! Pour notre mentalit\u00e9 moderne, ces expressions peuvent faire penser \u00e0 un conte pour faire peur aux enfants\u00a0! Nous savons aujourd\u2019hui que notre plan\u00e8te n\u2019est pas un disque ancr\u00e9 sur quatre colonnes au-dessus d\u2019une mer sans fonds (cf. Ps 24, 1-6\u00a0; 1 S 2, 8), que le cosmos n\u2019est pas solide mais transparent, qu\u2019il n\u2019y a pas de nappe d\u2019eau l\u00e0-haut, que la pluie s\u2019explique par l\u2019\u00e9vaporation des eaux terrestres et qu\u2019il n\u2019est nul besoin d\u2019\u00e9cluses que Dieu ouvrirait pour faire tomber la pluie ou qu\u2019il garderait ferm\u00e9es pour causer la s\u00e9cheresse.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>De l\u2019humain au divin<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ces images typiques d\u2019une culture encore dans l\u2019enfance, c\u2019est \u00e7a la lettre qui tue. Celle folklorique d\u2019une \u00e9poque qui ne disposait pas encore d\u2019outils rationnels permettant de d\u00e9plafonner le jugement fond\u00e9 sur les apparences sensorielles. Ce n\u2019est pas m\u00e9pris des Anciens de le reconna\u00eetre. Plut\u00f4t constat respectueux de la marche progressive de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019Histoire. Un dicton affirme que l\u2019erreur est humaine. C\u2019est pourquoi nous excusons avec un brin d\u2019humour et beaucoup de reconnaissance la perception de la r\u00e9alit\u00e9 objective attribuable au scribe. Dans le contexte limit\u00e9 qui \u00e9tait le sien, il a fait de son mieux pour traduire l\u2019inspiration spirituelle qui motivait sa r\u00e9daction.<\/p>\n<p>L\u2019inspiration initiale, voil\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il faut retrouver\u00a0! Car selon notre foi, ce texte est aussi sign\u00e9 par l\u2019Esprit divin. Or, Dieu est omniscient. Il est toujours le m\u00eame, hier, aujourd\u2019hui et demain. Il ne peut donc pas \u00eatre tenu responsable des ignorances de son porte-parole.<\/p>\n<p>Mais alors, qu\u2019a-t-il donc voulu enseigner \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration du scribe ainsi qu\u2019aux g\u00e9n\u00e9rations qui ont suivi cette r\u00e9daction mill\u00e9naire\u00a0? Une chose est s\u00fbre\u00a0! Ce qu\u2019il a dit jadis est identique \u00e0 ce qu\u2019il veut nous dire encore aujourd\u2019hui\u00a0! Car contrairement \u00e0 la lettre qui <em>tue<\/em>, le <em>\u00ab\u00a0souffle de Dieu\u00a0\u00bb<\/em> (Gn 1, 2) <em>vivifie.<\/em> Lorsque l\u2019Esprit parle, c\u2019est pour donner la vie en surabondance, aussi bien \u00e0 nous qui lisons ce texte qu\u2019au r\u00e9dacteur de l\u2019antiquit\u00e9.<\/p>\n<p>Or, la vie ne se trouve pas quelque part dans les nuages. Elle ne provient pas du monde ext\u00e9rieur. Elle est un don de Dieu qui anime invisiblement les organismes de l\u2019int\u00e9rieur. L\u2019Esprit Saint n\u2019est donc pas un oiseau qui vole au-dessus de nos t\u00eates. Il agit depuis la profondeur de nos \u00eatres. Il plane \u00e0 la racine de notre conscience. Il parle du DEDANS ! Il inspire le DEDANS de nos \u00eatres comme un parfum qui se r\u00e9pand en nous et parvient de temps \u00e0 autre jusqu\u2019\u00e0 notre conscience. Et l\u00e0, ce qu\u2019Il fait saisir par cette s\u00e9paration des eaux inf\u00e9rieures et sup\u00e9rieures, c\u2019est le principe de croissance qui pr\u00e9side au d\u00e9ploiement \u00e9volutif de la VIE dans l\u2019univers, depuis la Terre jusqu\u2019au Ciel.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\">\u00a0<strong>Interpr\u00e9tation spirituelle<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Hol\u00e0\u00a0! D\u2019aucuns estimeront que cette interpr\u00e9tation arrive comme un cheveu sur la soupe. Il y a encore loin de la coupe aux l\u00e8vres d\u2019une proposition convaincante, en effet.<\/p>\n<p>Constatons d\u2019abord que nulle part dans la succession des sept jours il n\u2019est fait mention de la cr\u00e9ation de l\u2019eau. Et pourquoi\u00a0? Selon la lettre du r\u00e9cit, les <em>\u00ab\u00a0eaux\u00a0\u00bb<\/em> pr\u00e9existent \u00e0 l\u2019Acte cr\u00e9ateur. D\u00e8s le deuxi\u00e8me verset en effet, avant que les r\u00e9alit\u00e9s commencent \u00e0 exister par d\u00e9crets divins \u2013\u00a0les <em>Dieu dit\u2026<\/em>\u00a0\u2013 <em>\u00ab\u00a0un vent de Dieu tournoyait sur les eaux \u00bb<\/em> (Gn 1, 2). Comme si le Cr\u00e9ateur, en soufflant au-dessus des eaux pr\u00e9existantes, anticipait d\u2019en faire \u00e9merger la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Pour comprendre ce que l\u2019Esprit laisse entendre par cette allusion \u00e0 des eaux non cr\u00e9\u00e9es, on doit revenir sur la structure litt\u00e9raire du r\u00e9cit. Nous avons vu d\u00e9j\u00e0 que le 2<sup>e<\/sup> jour est consacr\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration des eaux pour cr\u00e9er les contextes dans lesquels pourront subsister les poissons et les oiseaux, cr\u00e9\u00e9s le 5<sup>e<\/sup> jour (pour le d\u00e9veloppement de cette proposition, revisiter le texte et l\u2019illustration du <a href=\"https:\/\/www.ac3m.org\/?p=9315\">6<sup>e<\/sup> article<\/a>).<\/p>\n<p>Nous avons encore observ\u00e9 que l\u2019Acte cr\u00e9ateur consiste \u00e0 \u00e9mettre le principe de la FORME pour contrer le \u201cvague\u201d initial. Imaginons qu\u2019il n\u2019existe rien hors de Dieu et qu\u2019il d\u00e9cide de cr\u00e9er. Une exigence s\u2019impose au d\u00e9part. Pour exister concr\u00e8tement et mat\u00e9riellement, les r\u00e9alit\u00e9s doivent toutes sans exception survenir comme des structures organis\u00e9es, des FORMES qui rassemblent dans l\u2019unit\u00e9 les multiples \u00e9l\u00e9ments qui les composent. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles doivent toutes \u00eatre dot\u00e9es d\u2019un corps, que ce soit un corps c\u00e9leste, un corps microscopique ou, entre les deux, un corps humain.<\/p>\n<p>Mais une forme quelconque ne signifie rien si elle ne contient rien. La deuxi\u00e8me exigence de l\u2019Acte cr\u00e9ateur consiste \u00e0 attribuer un contenu aux r\u00e9alit\u00e9s pour remplir le \u201cvide\u201d initial. Ce contenu, c\u2019est leur ESSENCE. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles doivent faire du sens, d\u00e9tenir une signification. Car le contenu \u2013\u00a0l\u2019\u00caTRE qu\u2019elles re\u00e7oivent de l\u2019\u00caTRE SUPR\u00caME\u00a0\u2013 d\u00e9finit leur raison d\u2019\u00eatre. La mission du soleil, c\u2019est d\u2019\u00e9clairer et d\u2019\u00e9mettre de la chaleur en se consumant, celle de l\u2019atome, c\u2019est de r\u00e9unir en un tout les diverses particules qui le composent, celle de l\u2019animal, c\u2019est la vie qui l\u2019anime, celle de l\u2019humain, c\u2019est l\u2019\u00e2me rationnelle.<\/p>\n<p>Forme et essence sont donc d\u2019ins\u00e9parables conditions d\u2019existence. Il ne peut y avoir de forme sans contenu ni de contenu sans forme.<\/p>\n<p>Or, l\u2019eau ne poss\u00e8de pas de forme. Du moins, en apparence\u00a0! Elle est toutefois un fluide qui peut remplir diverses formes ou contenants. C\u2019est ainsi qu\u2019elle devient secondairement l\u2019eau des mers, l\u2019eau des lacs, l\u2019eau des rivi\u00e8res, l\u2019eau des sources, l\u2019eau de pluie etc.<\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation, les \u201ceaux\u201d sont n\u00e9cessairement sans limites puisque rien encore n\u2019existe qui pourrait les retenir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de fronti\u00e8res. Elles s\u2019\u00e9tendent \u00e0 l\u2019infini et ne sont pas encore une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te et mat\u00e9rielle puisqu\u2019elles sont d\u00e9pourvues de l\u2019une des conditions de l\u2019existence\u00a0: la forme. C\u2019est pourquoi ces \u201ceaux\u201d non cr\u00e9\u00e9es SYMBOLISENT des virtualit\u00e9s ant\u00e9rieures \u00e0 la cr\u00e9ation, des potentialit\u00e9s d\u2019existence au-dessus desquelles l\u2019Esprit divin \u201ctournoie\u201d pour en faire \u00e9merger les FORMES existentielles.<\/p>\n<p>Si l\u2019eau n\u2019a pas de forme, des formes peuvent toutefois en \u00e9merger. De fait, c\u2019est de ce milieu informe que surgissent les formes. Sans elle, les graines ne peuvent germer, la v\u00e9g\u00e9tation ne peut cro\u00eetre, les animaux ne peuvent vivre, les humains ne peuvent exister. L\u2019eau est la matrice des formes vivantes. Elle est la substance f\u00e9conde par excellence de l\u2019univers.<\/p>\n<p>Si bien que le Cr\u00e9ateur, en d\u00e9partageant les eaux pour cr\u00e9er le cosmos, rend effective une double f\u00e9condit\u00e9. F\u00e9condit\u00e9 de la terre pour l\u2019\u00e9volution de la FORME et f\u00e9condit\u00e9 du ciel\u00a0pour la croissance de la VIE. L\u2019Esprit saint disait hier au scribe et nous dit encore aujourd\u2019hui que les deux sont compl\u00e9mentaires. Ensemble, chacune pour sa part, elles engendrent la dualit\u00e9 universelle. Les eaux terrestres pour l\u2019affinement de la mati\u00e8re, les eaux c\u00e9lestes pour l\u2019\u00e9mergence de l\u2019esprit.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, le texte pr\u00e9cise que les eaux du ciel sont \u00ab\u00a0au-dessus\u00a0\u00bb du firmament. On peut comprendre qu\u2019elles appartiennent \u00e0 l\u2019aire divine. C\u2019est pourquoi ces eaux c\u00e9lestes symbolisent la GR\u00c2CE que Dieu insuffle \u00e0 \u00a0la Terre pour provoquer l\u2019\u00e9volution des FORMES jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles parviennent \u00e0 la pl\u00e9nitude de la VIE. Cette interpr\u00e9tation inattendue autour des \u201ceaux\u201d du deuxi\u00e8me jour, est maintes fois confirm\u00e9e ailleurs dans l\u2019\u00c9criture. En voici quelques passages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Dans l\u2019all\u00e9gresse vous puiserez de l\u2019eau aux sources du salut\u2026\u00a0\u00bb (Is 12, 3).<br \/>\n\u00ab\u00a0Ils m\u2019ont abandonn\u00e9, moi la source d\u2019eau vive\u2026\u00bb (Jr 2, 13).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Car ils ont abandonn\u00e9 la source d\u2019eau vive, Yahv\u00e9\u00a0\u00bb Jr 17, 13).<br \/>\n\u00ab\u00a0Comme languit une biche apr\u00e8s les eaux vives, ainsi languit mon \u00e2me vers toi, mon Dieu\u00a0\u00bb\u00a0(Ps 41, 2)<br \/>\n\u00ab\u00a0Si tu savais le don de Dieu et qui est celui que te dit\u00a0: Donne-moi \u00e0 boire. C\u2019est toi qui l\u2019aurait pri\u00e9 et il t\u2019aurait donn\u00e9 de l\u2019eau vive\u00a0\u00bb (Jn 4, 10).<br \/>\n\u00abL\u2019eau que je donnerai deviendra en lui source d\u2019eau jaillissant en vie \u00e9ternelle\u00a0\u00bb (n 4, 14).<br \/>\n\u00ab\u00a0Si quelqu\u2019un a soif, qu\u2019il vienne \u00e0 moi et qu\u2019il boive, celui qui croit en moi\u2026 De son sein couleront des fleuves d\u2019eau vive\u00a0\u00bb (Jn 7, 37-38).<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Notes :<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> La qu\u00eate religieuse et la recherche rationnelle en sont les composantes, selon Jean-Paul II, cit\u00e9 dans l\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent et repris ici pour m\u00e9moire\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019elles suivent leurs propres m\u00e9thodes respectives, la religion et la science sont des \u00e9l\u00e9ments constitutifs de la culture\u2026 et plut\u00f4t que de s\u2019opposer, elles sont marqu\u00e9es par la compl\u00e9mentarit\u00e9\u00a0\u00bb (Discours \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie pontificale des sciences, le 4 octobre 1991).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Je rappelle ici quelques-uns des termes antinomiques list\u00e9s au tout d\u00e9but de notre recherche\u00a0: TERRESTRE \u2013 C\u00c9LESTE ; VISIBLE \u2013 INVISIBLE\u00a0; EXT\u00c9RIORIT\u00c9 \u2013 INT\u00c9RIORIT\u00c9 ; OBJECTIVIT\u00c9 \u2013 SUBJECTIVIT\u00c9. Tout comme le R\u00c9EL, la culture est bipolaire. Dans L\u2019\u00e9volution de l\u2019Alpha \u00e0 l\u2019Om\u00e9ga, j\u2019ai d\u00e9fini ces antipodes \u00e0 partir de la d\u00e9claration fondatrice de ma d\u00e9marche philosophique \u00ab\u00a0JE SUIS dans LE MONDE\u00a0\u00bb pour rendre compte du R\u00c9EL, constitu\u00e9 \u00e0 la fois de VIE et de MATI\u00c8RE (voir le 8<sup>e<\/sup> entretien intitul\u00e9\u00a0: Les deux substances, page 95).<\/p>\n<p><em>Cliquer sur le lien pour acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;article suivant : <a href=\"https:\/\/www.ac3m.org\/?p=10135\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le continent<\/a><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9volution biblique, d\u00e9montr\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, n\u2019implique \u00e9videmment pas que la Parole elle-m\u00eame ait chang\u00e9 au cours des si\u00e8cles. L\u2019acquisition graduelle de la connaissance de Dieu dans la Bible est plut\u00f4t le miroir des progr\u00e8s historiques de l\u2019humanit\u00e9, li\u00e9s au d\u00e9veloppement de la culture. 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