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Les concepts d’“humanité déchue” et de “péché originel”, proposés par la prédication traditionnelle pour dire la condition humaine, ne sont pas tirés directement de la Bible. Dans le deuxième récit de la création, il n’est pas fait allusion à un état de déchéance faisant suite à la désobéissance à Dieu. Le texte de la Genèse fait plutôt voir la première faute comme un arrachement de la relation intérieure à la Divinité au profit du rapport extérieur au MONDE. Cet aiguillage de la conscience n’est pas anodin ! Il est responsable du tragique parcours historique et à venir du genre humain.

Pour l’observateur féru de connaissances objectives, cette transition d’une conscience repliée sur elle-même (introversion), à une conscience ouverte sur l’univers (extraversion), constitue une évolution positive. Un progrès psychobiologique qui a permis à l’espèce humaine d’accéder graduellement à la liberté rationnelle en s’élevant au-dessus des conditionnements instinctuels de l’animal.

Selon ce point de vue, la femme de l’Éden aspirait à un tel dépassement fondateur de la dignité humaine, comme l’indiquerait sa remarque à l’effet que « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » était « désirable pour acquérir le discernement ». Si donc cette interprétation est juste, comment encore stigmatiser comme un péché l’émergence de la faculté qui produira le développement (passé, présent et futur) de l’humanité ?

Deux axes opposés

Ici, à première vue, foi et science semblent inconciliables ! Alors que le regard objectif fait voir dans l’évolution humaine une admirable montée ascensionnelle de la VIE vers la liberté de l’esprit, la perspective subjective issue de la théologie classique conçoit plutôt la démarche initiale du genre humain comme une déchéance[1] du céleste au terrestre, une dégringolade ontologique depuis le parfait bonheur édénique jusqu’à toutes les misères du monde. Le premier fait voir l’humanité se déployant sur un axe ascendant qui va de la matière à l’esprit, l’autre, sur un axe descendant qui part de l’esprit pour atterrir en catastrophe dans la matière. (Voir ci-dessous l’illustration graphique Les deux diagonales, tirée de mon ouvrage L’évolution de l’Alpha à l’Oméga, page 482, disponible en format papier et numérique à http://www.ac3m.org/?page_id=6174.)

Des trajectoires aux antipodes, pourtant complémentaires ! Rappelons que la religion est concernée par l’ESPRIT et la science, par la MATIÈRE. En bout de ligne, ces démarches accèdent à des vérités relatives à chacune des deux composantes de l’être humain : l’haleine de vie et la glaise, c’est-à-dire l’âme et le corps. Les erreurs de l’une ou l’autre discipline proviennent de la prétention à définir TOUT l’homme alors que chacune n’en embrasse qu’une partie.

L’être humain est un hybride de deux éléments qui se repoussent comme le feu et l’eau. Ces contraires sont pourtant indissociables l’un de l’autre et forment ensemble l’unité de la personne. Étrange créature, l’être humain ! Un funambule en équilibre entre deux abîmes ! On ne peut circoncire son mystère que si l’on identifie correctement les bases de sa structure.

Principe corporel

Le côté physique des organismes ne fait pas problème. Les deux camps (les sciences et la religion) reconnaissent que le corps (humain, animal, végétal) est fait d’une quantité de matière. C’est aussi un constat universellement connu qu’il est assujetti à l’usure du temps. Une fois parvenu à l’apogée de la croissance, l’énergie vitale du corps commence à décliner sous les assauts de la matérialité. Les éléments organiques, entraînés alors par l’inévitable chute entropique, en viennent fatalement à subir la désagrégation de la mort.

Les sciences, étant ordonnées au volet matériel et quantitatif de la réalité, ont toute la compétence pour étudier la complexité des corps et toute la légitimité pour intervenir en fonction des connaissances acquises.

Principe vital

Pour la dimension intérieure de la personne, c’est une autre histoire ! Particulièrement dans un contexte de culture matérialiste ! Tous ne comprennent pas qu’une vie humaine ne se réduit pas à une quantité de tissu organique. Le fonctionnement interactif des divers organes du corps devrait pourtant mettre sur la piste d’un principe vital organisateur et unificateur qui détermine la conscience personnelle : l’âme. Dans pratiquement toutes les cultures depuis la préhistoire, l’âme est conceptualisée comme une entité dépourvue de matière qui perdure au-delà de la mort.

En l’être humain, la substance de l’âme n’est pas de même nature que le fluide vital qui anime animaux et végétaux. Car la rationalité constitue une ouverture sur l’univers qualitatif de la réalité et implique nécessairement des attributs exclusifs à l’esprit : intelligence, innocence, beauté, vérité, immortalité, conscience de soi, dignité, foi, divinité, amour, etc. Des concepts qualifiés à juste titre de “spirituels” par la philosophie pour signaler leur caractère intangible ; des valeurs exposées par les arts et cultivées à bon droit par le volet religieux de la conscience.

Ce qui met en évidence l’immortalité de cette composante, c’est, paradoxalement, la mort. Lorsqu’une personne exhale son dernier souffle, tout ce qui faisait le côté qualitatif de l’ÊTRE disparaît du corps sans que la quantité de matière qui entre dans sa formation en soit diminuée. C’est la preuve que l’existence d’une personne ne se réduit pas au cadavre qui reste lorsque la vie s’en est échappée. Le décès, qui survient au niveau des accidents de la matière, n’annule pas la VIE de l’ÊTRE. La mort ne tue pas l’essence de la personne. Si bien que l’on peut légitimement induire de ce constat que l’âme poursuit sa route essentielle au-delà des frontières de l’espace et du temps.

L’union des contraires

L’admission de cette double base de la structure humaine est requise pour avancer dans le  mystère de l’ORIGINE. Ici, la question se pose de savoir quand et comment se fait l’union des composantes corps et esprit. Surviendrait-elle chez l’adulte en possession optimale de son potentiel physique et spirituel ? Mais l’adolescent peut aussi exercer les facultés exclusives à l’être humain. Commencerait-elle à se manifester chez l’enfant une fois parvenu à l’âge de raison ? Le bébé qui ne peut ni marcher ni parler se qualifie tout autant comme être humain. À la naissance alors ? Ce qui se développe dans le sein maternel, ce n’est pas un animal quelconque mais, indéniablement, un humain. Le fait qu’il soit en devenir ne l’exclut  pas de l’espèce pour la bonne raison que l’être humain, de la conception jusqu’à la mort, est une créature en devenir !

Pour assister à l’union de l’âme et du corps, il faut donc remonter à  l’ORIGINE. C’est-à-dire au moment de la conception. Deux conditions président à la création d’une personne unique dans tout l’univers. Pour la formation du corps, l’union d’un couple dont les gamètes[2] transmettent un héritage génétique ; pour l’âme, le Créateur peut seul produire et insuffler l’haleine de vie.

Le problème

C’est précisément à la jonction de l’âme et du corps que survient la difficulté désignée par la théologie comme “chute originelle”. L’union de ces composantes constitue un risque du fait que l’âme spirituelle, en devenant le principe vital du corps, se détermine en fonction du véhicule physique plutôt qu’en communion à la Source créatrice. Et c’est bien ce qui se produit à l’ORIGINE de toute existence humaine. Dès la conception, l’âme s’identifie au corps. Ce qui fait dire au psalmiste : « Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère » (Ps 50,7). Cet incontournable déterminisme affecte tous les humains et incitera éventuellement la conscience à se constituer un MOI pour faire face au MONDE extérieur.

On peut comprendre que lors de sa création, l’âme, dans un éclair, voit Dieu et ressent son Amour. Issue parfaite et comblée de dons spirituels par le Créateur, l’âme, dans son état originel, est syntonisée à la sainteté de Dieu. C’est toutefois la Volonté divine qu’elle s’incarne. Mais pour ce faire, elle doit, en quelque sorte, tourner le dos à la Source créatrice pour agir comme principe d’animation et d’organisation du corps. Elle contracte alors un conditionnement qui présage de l’extraversion de la conscience au détriment de l’introversion.

De plus, elle subit un stigmate, qualifié de “souillure” dans le langage théologique, du fait de son union à la chair. Car cette chair est transitoire et imparfaite. Elle cumule aussi bien les échecs que les victoires de la substance vivante. Elle est marquée par un héritage génétique fragile pouvant entraîner l’homme tout entier (chair et esprit) dans le courant entropique de la matérialité qui aboutit, en fin de parcours, au froid glacial d’une nuit cosmique infinie.

L’initiation au combat

Mais cette tragique finalité n’est pas ce que Dieu veut. Éventuellement, cette âme incarnée – c’est-à-dire la personne –  sera invitée à emprunter la route de la foi, à s’engager sur l’exigeant chemin du dépassement vers la perfection à laquelle le Créateur la destine. Une perfection telle qui produira à la fin l’immortalité (corps et âme), conformément au projet ORIGINEL du Créateur dans l’éternité, projet en cours de réalisation dans l’espace et le temps.

Ainsi s’amorce le combat dans lequel toute vie humaine est engagée. Le risque létal que constitue l’union de l’âme immortelle à un corps mortel n’est pas décisif. Il demeure une inclination et non une contrainte irrésistible. La faute originelle ne marque pas chaque être humain d’un péché à proprement parler mais d’un état, d’une tendance non délibérée au péché. Car la vie humaine se déroule dans une zone où s’exerce la liberté du choix entre la vie et la mort, entre le bien et le mal. Le choix de vivre sous la grâce divine ou sous la loi du péché.

Donc, s’il est vrai que l’être humain court le risque de sombrer dans la mort spirituelle, il peut aussi dépasser la condition mortelle du corps en se convertissant à la VIE de l’âme. Ce faisant, la personne contribue à la spiritualisation graduelle du côté physique de l’existence en inscrivant son développement à contre-courant de la chute entropique sur l’axe ascensionnel de la SUBSTANCE VIVANTE vers le PERPÉTUEL PRÉSENT de la Vie divine[3].

Une question

Cette présentation du drame ORIGINEL soulève la question de la responsabilité. Aucun être humain ne peut être tenu responsable d’un “péché” qui affecte les humains de tous les temps puisque le conditionnement qui en découle remonte à la conception de chacun. Dans le sein maternel, personne n’a donc pu décider consciemment et volontairement de tourner le dos à la Divinité pour devenir la VIE du corps.

Après la naissance, le conditionnement involontaire se manifeste sous la forme de l’augmentation de la capacité d’entrer en relation avec le monde extérieur en parallèle à la croissance physique du bébé. Pour qu’il apprenne à communiquer, ses parents l’incitent à s’extérioriser, à s’éveiller au MONDE qui l’entoure. Ce faisant, ils accentuent l’extraversion de la conscience de l’enfant au détriment d’une conscience introvertie. En sortant de lui-même, il pourra recevoir une formation pour exercer une tâche, un métier, une profession afin de se positionner avantageusement dans la société. De là, il pourra obtenir la reconnaissance sociale qui couronne toute réussite et pourra jouir du bien-être que procurent les biens terrestres.

L’extraversion de la conscience apparaît donc incontournable dans toute vie humaine. Elle est une condition inaliénable de la vie en société. Les œuvres qui découlent de ce conditionnement sont positives et conformes à la nature humaine. L’activité humaine dans le MONDE peut produire d’admirables biens culturels qui ne laissent pas d’être parfois divinement inspirés.

Et pourtant, toute entreprise strictement humaine est vaine. Pour la raison que les travaux ne dénouent pas le drame du genre humain. Ils ne sauvent pas l’humain du destin de souffrir et de mourir inutilement. Car le MOI qui a construit en misant exclusivement sur le corps et les valeurs mondaines aboutira inévitablement à la tombe et finira comme proie des vers.

Heureusement, il y a la contrepartie. Tandis que la science construit l’homme pour sa perte, la religion le sauve d’un destin absurde. Elle montre la voie du salut en enseignant à construire prioritairement sur le JE de l’ÊTRE intérieur plutôt que sur le MOI de l’AVOIR extérieur. La conversion au JE ramène l’âme sur la route de l’intériorité où Dieu l’attend avec des bras grands ouverts de Miséricorde et d’Amour infini.

La responsabilité

Ce tableau des deux côtés de la médaille, aussi consolant qu’il puisse être pour le croyant, n’élude pas le problème de la responsabilité. Puisque l’incarnation de l’âme spirituelle dans un corps mortel est ordonnée par Dieu, comment encore charger l’humanité d’une culpabilité en quelque sorte viscérale ?

Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7).

À n’en pas douter, ce verset indique que l’intégration du charnel et du spirituel en l’humanité a été planifiée et voulue par le Créateur.

Ce qui n’en fait pas pour autant la cause de la “chute” de l’âme dans la chair et des conséquences néfastes qui s’ensuivent. Le scribe inspiré par le saint Esprit, prend de grandes précautions pour éviter le piège de tenir Dieu responsable de l’aliénation de la conscience humaine. Comme nous l’avons déjà vu dans un article antérieur, il désigne le serpent comme le grand responsable, la racine des erreurs, transgressions et horreurs qui tourmentent le MONDE. En créant une humanité sous la dépendance des esprits angéliques, il était pratiquement inévitable, à la suite de la révolte d’un tiers de la cour céleste, que la création terrestre en devienne spoliée par l’activité subversive de Lucifer et sa suite.

Plans A et B

Mais dans ces conditions, pourrait-on objecter, pourquoi Dieu a-t-il quand même créé l’humanité ? Dans sa prescience ne savait-il pas que, tôt ou tard, elle ne résisterait pas aux attaques du Malin ?

La réponse à cette question ne peut s’exposer que dans un langage par trop humain qui peine à dire l’indicible. Je supplie le lecteur de ne pas prendre ce qui suit à la lettre. Comment donc pourrais-je exprimer le mystère par des termes inaptes à tout dire en même temps ce qui EST au-delà des mots ?

C’est que dans son projet de création, le Créateur a un Plan B pour contourner l’échec partiel du plan A provoqué par la subversion angélique. Pour le comprendre, il faut savoir que le choix auquel les esprits angéliques ont été confrontés lors de leur création a été unique et final. Un seul acte de la volonté libre des anges, inévitablement, a eu des conséquences éternelles. Pour exercer leur liberté, tous les esprits ont été confrontés à la possibilité de reconnaître Dieu comme leur Créateur. Ceux qui l’ont aimé sont entrés dans la béatitude et contemplent éternellement la Face de Dieu. Ceux qui ont choisi de s’aimer eux-mêmes par-dessus tout ont sombré dans les ténèbres d’une haine infinie de Dieu.

C’est alors que le Créateur de l’univers visible et invisible a mis à exécution son Plan B (comme s’il regrettait la radicalité du sort des esprits rebelles, sort décidé par un seul acte d’une portée éternelle sans possibilité de rétractation par le repentir) ! Dans l’ESPACE créé par la matière, il a conçu une humanité qui a la possibilité de prendre du TEMPS pour se décider pour ou contre Dieu. Une humanité pouvant osciller entre le bien et le mal dans le temps avant de se fixer dans l’Amour pour l’éternité.

Pour réaliser ce retournement, il s’incarnait Lui-même en son Fils afin de sauver et libérer les humains de l’emprise de Lucifer et de sa suite. Si bien que les saints, issus de l’humanité rachetée par le sacrifice de Jésus, parviendront à déloger les démons de la création pour assumer la place qu’ils auraient pu occuper dans le Corps divin s’ils n’avaient pas saboté le Plan A.

Peut-on alors concevoir la haine que Satan voue à l’humanité ? Et d’autant plus que, grâce à Jésus, les humains peuvent sans vergogne se moquer du Jaloux !

À suivre: Le combat

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 Notes 

[1] Une déchéance qui sera certes surmontée dans l’Histoire par la croix du Christ.

[2] Cellule reproductrice, mâle ou femelle, dont le noyau ne contient qu’un seul chromosome de chaque paire et qui s’unit au gamète de sexe opposé (fécondation) pour donner naissance à un œuf (zygote), une unique cellule héritant de tous les caractères génétiques du corps de la personne en devenir.

[3] La victoire définitive contre l’inévitable dégradation de la matière corporelle ne pourra survenir qu’à la fin des temps, lors du retour glorieux du Christ. « Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort » (1 Co 15, 25-26).

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